Ce guide traite du vocabulaire des nuits et de leur décompte : quelle situation est du travail, ce qui se compte, et quel repos en découle. Il ne reprend ni les durées maximales, ni le calendrier de la réforme : ces deux sujets ont leur guide, indiqués à la fin.
Trois mots à la place d'un.
« Être de garde » recouvrait, dans la même expression, des réalités très différentes : dormir chez soi avec le téléphone allumé, être réveillé trois fois pour une césarienne, ou passer la nuit debout dans une structure ouverte en continu. Le nouveau texte sépare ces situations :
- L'astreinte : vous restez joignable et en mesure d'intervenir, sans être sur le lieu de travail. Ce n'est pas du temps de travail effectif ; elle ouvre droit à une contrepartie.
- L'astreinte dérangée : l'astreinte pendant laquelle vous intervenez effectivement. Le temps d'intervention, trajet compris, est du temps de travail effectif à part entière.
- Le travail en structure ouverte 24 h/24 : vous êtes présent et à disposition, en continu. Ce n'est pas une astreinte : c'est du travail, nuit et dimanche compris.
Ce n'est pas un toilettage sémantique. Ces trois régimes ne produisent ni les mêmes compteurs, ni les mêmes contreparties, ni les mêmes repos. Un planning qui note « N » dans une case ne sait pas lequel des trois il vient de promettre.
Les trois régimes côte à côte.
| Situation | Temps de travail effectif ? | Ce qui se compte | Repos déclenché |
|---|---|---|---|
| Astreinte non dérangée | Non | Des périodes d'astreinte, qui ouvrent une contrepartie | Aucun du seul fait de l'astreinte |
| Astreinte dérangée | Oui, pour l'intervention, trajet compris | Des minutes d'intervention, nuit par nuit et praticien par praticien | Les 11 h à compter de la fin réelle de l'intervention |
| Travail en structure ouverte 24 h/24 | Oui, de bout en bout | Des heures de présence, nuit et dimanche compris | Les 11 h après la fin du poste |
Lecture : c'est la colonne « ce qui se compte » qui change de métier. Un forfait se note à l'avance ; une minute d'intervention se relève après coup.
Pourquoi le forfait 6 h / 12 h disparaît.
Le forfait était une commodité : on convenait qu'une nuit d'astreinte « valait » tant, quel que soit ce qui s'était réellement passé. Pratique pour la paie, mais injuste dans les deux sens : le praticien dérangé cinq fois était payé comme celui qui a dormi, et l'inverse aussi.
Le passage au temps réellement effectué résout l'injustice et crée une obligation : il faut désormais savoir. Combien d'interventions, quelle durée, à quelle heure. Un forfait se note à l'avance ; une mesure se produit après coup, nuit par nuit, personne par personne.
Ce que ça impose concrètement au planning.
- Typer chaque nuit et chaque week-end. Astreinte ou présence ? La réponse détermine les durées maximales applicables et les repos déclenchés.
- Enregistrer le dérangement. Une astreinte dérangée doit pouvoir être distinguée d'une astreinte calme, sinon le décompte au réel est impossible à produire.
- Tenir les compteurs par personne. Nuits, astreintes, astreintes dérangées, dimanches : séparément, et sur plusieurs mois. C'est ce qui rend l'équité démontrable plutôt que déclarée.
- Recalculer les repos après coup. Une intervention qui s'achève à 3 h du matin repousse mécaniquement la prise de poste du lendemain : les 11 h de repos quotidien partent de la fin réelle de l'intervention, pas de l'heure théorique.
Ce qui ne change pas.
Le socle du Code du travail reste intact et continue de primer : 11 heures de repos quotidien (réductibles à 9 h pour les vétérinaires en circonstances particulières, avec 2 h récupérées sous 2 mois), 35 heures consécutives de repos hebdomadaire, plafonds de durée. La réforme change la façon de compter le temps d'astreinte, pas les limites dans lesquelles il doit tenir. Ces règles sont détaillées dans notre guide du temps de travail en clinique vétérinaire.
Ce qu'il est utile de faire dès maintenant.
Une seule chose, et elle ne coûte rien : commencer à enregistrer les dérangements. Même sommairement, même sur trois mois. Le jour où le décompte au réel s'appliquera, vous saurez ce qu'il représente pour votre structure, au lieu de le découvrir sur la première paie.
C'est aussi, très souvent, une surprise : les cliniques qui commencent à mesurer découvrent que la charge d'astreinte est bien plus concentrée sur deux ou trois praticiens qu'elles ne le croyaient.
Djed type chaque garde et chaque astreinte dans le planning, applique en contraintes dures les repos avant et après que vous avez posés, et tient les compteurs de gardes par personne sur douze mois glissants. En revanche, la saisie des interventions (l'astreinte dérangée) n'est pas encore dans Djed : pour le décompte au réel, il vous faudra encore un relevé à part.
Où aller ensuite.
- Les durées et les repos dans lesquels tout cela doit tenir aujourd'hui : durées maximales et repos en clinique vétérinaire.
- Le repos exact après une nuit, texte par texte et cas par cas : repos après une garde vétérinaire.
- L'autre forfait que la fusion supprime, celui qui compte des journées : fin du forfait jours de nuit.
- La date d'application, remise à jour à chaque arrêté : où en est vraiment l'IDCC 3256, la page pilier de cette série.
- Relever les interventions pour pouvoir les décompter : le décompte des heures en clinique vétérinaire.
- Composer les nuits dans le mois : la méthode du planning de garde vétérinaire et la rotation des gardes dans Djed.
Questions fréquentes.
Quelle est la différence entre une astreinte et une astreinte dérangée ?
L'astreinte est la période pendant laquelle le praticien reste joignable sans être sur le lieu de travail : elle n'est pas du temps de travail effectif et ouvre droit à une contrepartie. L'astreinte dérangée est celle pendant laquelle il intervient réellement : le temps d'intervention, trajet compris, est du temps de travail effectif.
Les astreintes seront-elles encore forfaitisées à 6 ou 12 heures ?
Aujourd'hui, seul le vétérinaire cadre autonome touche un forfait par astreinte de 6 ou 12 heures ; les autres salariés sont payés en pourcentage de l'heure. La convention fusionnée décompte l'intervention au temps réellement effectué (sous réserve de l'avenant n° 1 du 4 septembre 2025). Cela suppose d'enregistrer les interventions nuit par nuit et praticien par praticien.
La nuit en structure ouverte 24 h/24 est-elle du temps de travail ?
Oui. Dans une structure ouverte en continu, le travail de nuit et du dimanche est compté en temps de travail effectif, et non comme du temps de « garde ».
Que faire dès maintenant pour se préparer ?
Commencer à enregistrer les dérangements, même sommairement, sur trois mois. Vous connaîtrez ainsi la charge réelle d'astreinte de votre structure avant que le décompte au réel s'applique, au lieu de la découvrir sur la première paie.