Pourquoi le « chacun son tour » ne suffit pas.
Le tour de rôle marche tant que tout le monde est là, prend tous les types de gardes et n'échange rien. Dans une vraie clinique, rien de tout ça ne tient trois mois : un congé décale le tour, une personne ne fait pas les samedis, une autre demande à en faire davantage, un échange de dernière minute n'est noté nulle part. Au bout d'un trimestre, le tour ne correspond plus à rien, et personne ne sait vraiment qui en a fait combien.
Le sentiment d'injustice naît presque toujours là : pas d'un écart énorme, mais d'un compteur que personne ne peut montrer. La réponse n'est donc pas un meilleur tour de rôle. C'est une règle de calcul explicite, que chacun peut refaire sur un coin de table.
La part de chacun, et sa bande de tolérance.
Le point de départ est une division : le nombre de gardes à pourvoir dans le mois, divisé par le nombre de personnes qui peuvent en prendre. Avec 22 gardes et 5 personnes, la part est de 4,4.
Personne ne fait 4,4 gardes. Viser l'arrondi (4) oblige quelqu'un à « dépasser », et viser 4,4 met tout le monde en faute. La règle raisonnable est une bande : entre l'entier inférieur et l'entier supérieur de la part, donc 4 ou 5. Dans la bande, on est dans sa part. En dehors, c'est un écart, et il se voit.
Deux précisions qui évitent des débats sans fin :
- Garde et astreinte pèsent pareil dans ce compte. Si votre équipe veut les distinguer (une garde sur place est plus lourde qu'une astreinte à domicile), dites-le et tenez deux comptes, mais décidez-le avant, pas au milieu d'une dispute.
- Les week-ends se comptent à part. Sans ce second compte, une personne peut prendre tous les week-ends tant que son total reste dans la bande, en faisant moins de nuits en semaine. Le total serait juste, la répartition ne le serait pas.
La mémoire : compter sur douze mois, pas sur un seul.
Un mois isolé ne peut pas être parfaitement juste : avec 4 week-ends de garde pour 5 personnes, l'une d'elles n'en aura pas. Ce n'est pas un problème si elle en a un le mois suivant. C'en est un si c'est toujours la même.
D'où la mémoire : on regarde combien de gardes chacun a faites sur les douze derniers mois, et la part du mois se corrige d'autant. Quelqu'un qui a fait 2 gardes de plus que la moyenne de l'équipe voit sa part du mois baisser de 2. On rattrape sur plusieurs mois, pas en infligeant un mois punitif à celui qui en a fait moins, ce qui recréerait le déséquilibre dans l'autre sens.
Le volontaire qui en demande plus.
Dans beaucoup d'équipes, quelqu'un veut davantage de gardes de week-end : pour la prime, pour libérer des jours en semaine, par goût de l'urgence. Si la règle d'équité l'en empêche, elle devient absurde : elle refuse un arrangement qui convient à tout le monde.
La bonne règle : une demande explicite et chiffrée (« au moins 2 week-ends par mois ») autorise la personne à monter jusqu'à ce nombre sans que ce soit compté comme un écart. Au-delà de ce qu'elle a demandé, l'écart se compte à nouveau. Et ce qu'elle prend en plus soulage les autres : celui qui n'a pas eu de week-end ce mois-ci n'est pas considéré comme en dessous de sa part, puisque le volontaire l'a pris.
Une demande orale, un « ça ne me dérange pas » lâché en réunion, ne suffit pas. Il faut qu'elle soit écrite quelque part, sinon le volontaire d'un mois devient le « bouche-trou » de l'année.
Ceux qui ne prennent pas de gardes.
Contrat « jour uniquement », jamais le samedi, jours fixes, congé long : certaines personnes ne peuvent pas prendre telle ou telle garde. La règle la plus honnête est de les sortir du partage pour les gardes qu'elles ne peuvent pas prendre. On ne leur compte pas un « retard » qui n'a pas de sens, et on ne fait pas semblant que leur part a disparu : elle est répartie entre ceux qui restent.
C'est la conséquence qu'il faut rendre visible, parce qu'elle est mécanique : si une personne sur cinq ne fait pas les week-ends, la part de week-ends des quatre autres passe de 0,8 à 1 par mois. Ce n'est pas une injustice cachée, c'est une division. L'équipe a le droit de la voir, et d'en discuter en connaissance de cause.
Refuser un type de garde ne sort pas du partage des autres types. Quelqu'un qui ne fait jamais le samedi reste dans le compte des nuits de semaine, et en prendra un peu plus.
Exemple chiffré : un mois, cinq vétérinaires.
Une clinique a une astreinte de nuit du lundi au vendredi et une astreinte de week-end (du samedi au dimanche). Le mois compte 18 nuits de semaine et 4 week-ends, soit 22 gardes. Cinq vétérinaires y sont éligibles : Anne, Bruno, Claire, David et Julie.
Ce tableau se lit en réunion d'équipe en deux minutes. C'est tout l'intérêt : chacun peut vérifier sa ligne, et la discussion porte sur les règles (faut-il accepter la demande de Claire ?) plutôt que sur des impressions.
Publier les compteurs, et les dates.
Une équité qu'on ne montre pas n'existe pas. Publiez, pour chaque personne, le nombre de gardes du mois, celui des douze derniers mois et le nombre de week-ends. Publiez aussi le planning des gardes assez tôt : les conventions fixent des délais de prévenance, 15 jours pour le personnel non vétérinaire (IDCC 1875, art. 23, sauf cas exceptionnel) et 1 mois pour les vétérinaires salariés (IDCC 2564, art. 30, sauf circonstances exceptionnelles avec au moins 1 jour franc). Un planning publié tard est aussi une source d'injustice, parce que ce sont toujours les mêmes qui s'arrangent.
Comment Djed mesure l'équité des gardes.
Ce qui précède n'est pas une théorie : c'est la règle que le moteur de Djed, le logiciel de planning vétérinaire,, applique quand il compose le mois.
- La bande : la part de chacun est calculée sur les personnes qui peuvent effectivement prendre une garde ce mois-ci, gardes et astreintes au même poids, avec une bande entre l'entier inférieur et l'entier supérieur. Les week-ends de garde ont leur propre bande.
- La mémoire : Djed compte les gardes de chacun sur les douze mois précédents et corrige la part du mois de l'écart à la moyenne de l'équipe. Cette mémoire porte sur le total des gardes ; les week-ends, eux, sont répartis par leur bande du mois.
- Le volontaire : une règle « au moins N samedis par mois », posée sur le jour où commencent vos gardes de week-end, avec N au-dessus de la bande, lui permet de monter jusqu'à N. Son surplus soulage ceux qui en manquent.
- Ceux qui ne peuvent pas : une personne qui ne travaille jamais le samedi, qui a des jours fixes, une absence ou un profil sans gardes ne peut pas recevoir la garde concernée. Si elle ne peut prendre aucun week-end du mois, elle sort du partage des week-ends ; si elle ne peut prendre aucune garde, elle sort du partage tout court.
- Un objectif, pas un blocage : l'équité est ce que le moteur cherche à atteindre, en réduisant d'abord le plus gros écart. Elle ne rend jamais un mois impossible : si vos règles fermes empêchent une répartition parfaite, le mois sort quand même, et l'écart est visible.
Les membres peuvent aussi signaler une date où ils se proposent pour une garde, ou préfèrent l'éviter. Ces signalements s'affichent à l'administrateur au moment d'attribuer la garde ; ils ne sont pas pris en compte par le moteur. Seules les règles posées sur la fiche de la personne le sont.
Chaque personne a ensuite son indice d'équité (1 = parfaitement réparti), recalculé quand vous modifiez le planning à la main. Pour aller plus loin sur la construction du mois lui-même, lisez la méthode complète du planning de garde vétérinaire ; pour les échanges qui font dériver les compteurs, notre guide des échanges de gardes.
Sources et date de vérification.
- IDCC 1875, art. 23 (horaires et temps de garde communiqués quinze jours à l'avance) : Légifrance.
- IDCC 2564 (annexe VII de la 1875), art. 30 (programmation des gardes et astreintes au moins 1 mois à l'avance) : Légifrance.
- Aucun texte ne fixe une règle d'équité entre salariés pour les gardes : la méthode décrite ici est un choix d'organisation, pas une obligation légale.
Articles relus sur Légifrance le 28 septembre 2026. Ce guide n'est pas un conseil juridique : pour votre situation, voyez votre expert social.
Questions fréquentes.
Comment calculer la part de gardes de chaque vétérinaire ?
On divise le nombre de gardes du mois par le nombre de personnes qui peuvent en prendre, puis on accepte une bande entre l'entier inférieur et l'entier supérieur. Avec 22 gardes pour 5 personnes, la part est de 4,4 : chacun doit en faire 4 ou 5.
Faut-il compter les week-ends de garde à part ?
Oui. Sans compte séparé, une personne peut prendre tous les week-ends tant que son total de gardes reste dans sa part, en faisant moins de nuits en semaine. Le total serait juste, la répartition non.
Que faire quand un vétérinaire veut plus de gardes que les autres ?
Lui faire poser une demande écrite et chiffrée, par exemple au moins 2 week-ends par mois. Jusqu'à ce nombre, son surplus n'est pas un écart, et il soulage d'autant les collègues. Au-delà, l'écart se compte.
Et ceux qui ne peuvent pas prendre certaines gardes ?
Ils sortent du partage pour les gardes qu'ils ne peuvent pas prendre, et leur part est répartie entre les autres. Si une personne sur cinq ne fait pas les week-ends, la part des quatre autres passe de 0,8 à 1 week-end par mois. Elle reste dans le partage des nuits.